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Figure 1:
un haubergeon

Figure 2 :
un gambison

Figure 3 :
une chausse de mailles

Figure 4 :
un casque normand

Figure 5 :
une rondache

Figure 6 :
une pioche-hache ou bigot

Figure 7 :
une hache d'armes

Figure 8 :
un glaive et son fourreau

 

< Christophe Moreau >

L'Armement des nains à la fin du Troisième Age :
l'exemple de l'armée de Daïn à la bataille des cinq armées d'après l'armement médiéval


Voici la description de l'armée de Daïn faite par Tolkien dans le Hobbit :

"Dain était arrivé [...]. Chacun de ses gens était revêtu d'un haubert d'acier qui lui descendait jusqu'aux genoux, et ses jambes étaient recouvertes de chausses faites de mailles d'un métal fin et flexible, dont le peuple de Daïn avait le secret. […]. Au combat, ils maniaient de lourds bigots à deux mains ; mais chacun avait aussi au côté une courte et large épée et, suspendu dans leur dos, un bouclier rond. Leur barbe était divisée en deux tresses qu'ils glissaient dans leur ceinture. Leur bonnet était de fer, ils étaient chaussés de fer et ils avaient une expression menaçante."

Tolkien J. R. R., Le Hobbit, "Le Livre de Poche", Hachette, Paris, 1980, p. 341-342.


Cet extrait est un des plus complet sur l'armement des nains au Troisième Age. Mais certains termes ou passages peuvent paraître obscurs pour les non initiés dans le domaine des armes. Je me propose donc de décrire et d'illustrer cet armement à la lumière de celui existant au Moyen Age Occidental.


L'équipement défensif


L'armure de corps :

"Chacun de ses gens était revêtu d'un haubert d'acier qui lui descendait jusqu'aux genoux", c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas du grand haubert qui couvre le corps de pied en cap, mais d'un petit haubert qui "descend jusqu'aux genoux", du type du haubergeon (cf. figure 1). Le haubergeon habille entièrement le tronc et les bras, s'arrête horizontalement au-dessus des genoux et s'accompagne toujours du colletin de mailles (cf. fig. 1), c'est-à-dire d'un plastron autonome dont la bordure supérieure, faite d'anneaux renforcés, se tient rigide autour du cou et le protège.

Le haubergeon est composé d'anneaux à rivet entrelacés formant une armure souple, facile à porter en action, apte à arrêter les coups de taille (du tranchant d'une arme) et d'estoc (de la pointe de l'arme), mais lourde et inefficace contre les contusions, sauf recours à un sous-vêtement de tissu rembourré, comme le gamboison ou gambison (cf. fig. 2).

 

Les harnais de jambe :

"Et ses jambes étaient recouvertes de chausses faites de mailles d'un métal fin et flexible […]. ils étaient chaussés de fer". Ce haubert s'accompagne d'un harnais de jambe, fait de chausses de mailles couvrant les pieds et les jambes (cf. fig. 3).


L'armure de tête :

"Leur bonnet était de fer" et non de mailles, ce qui permet alors supposer qu'ils ne portent pas de coiffes de mailles mais un casque en fer, non fermé comme le heaume, pour laisser passer la barbe, mais peut-être de type normand (cf. fig. 4). Le casque normand est une calotte de fer composé d'une unique plaque de métal martelée en forme de cône aplati latéralement (de manière à présenter une légère arrête au-dessus du timbre) et incliné asymétriquement vers la partie antérieure. Le bord frontal se prolonge parfois par un nasal qui descend jusqu'au niveau de la bouche.

Le bouclier :

"suspendu dans leur dos, un bouclier rond", ou rondache (cf. fig. 5), sert à compléter une armure imparfaite qui ne permet point encore de mettre le guerrier à l'abri. La rondache est cerclée d'un orle, bande métallique bordant le bouclier, garni d'un umbo conique au centre et même renforcé de rais concentriques, elle se bombe vers l'extérieur. Muni de la guige, large courroie qui perd de suspendre le bouclier au cou, la rondache comporte sans doute également des énarmes, lanières en formes d'anses fixées au revers du bouclier dans lesquels on introduit l'avant-bras gauche dans une première énarme et on agrippe de la main une seconde, disposée perpendiculairement à la première. Il arrive aussi que les énarmes soient parallèles. Toutefois, la dimension de la rondache reste modeste puisque le diamètre ne dépasse guère une cinquantaine de centimètres.


L'équipement offensif


La pioche-hache :

"Au combat, ils maniaient de lourds bigots à deux mains", c'est-à-dire une pioche-hache (cf. fig. 6). Bigot viendrait du latin bicornis, "qui a deux cornes", à rapprocher de l'ancien provençal bigos, "pioche à deux fourchons". Il s'agit à la base d'un outil agricole conçu pour le maniement à deux mains, muni d'un côté d'un "taillant", qui sert de hache pour déterrer des racines et arracher des arbustes, et l'autre d'un "bec", pointe qui sert de pioche, par exemple pour retirer la couche superficielle du sol lors de l'étrépage.

Comme arme de guerre, le bigot peut être sommé d'une longue pointe acérée ("dague") dans l'axe de la hampe de bois. Il s'apparente alors à une hache d'armes (cf. fig. 7) : celle-ci comporte d'un côté un grand "taillant" en demi-lune et de l'autre un "bec" (pointe recourbée dit "bec de faucon"), le tout sommé d'une "dague" (longue pointe acérée) dans l'axe de la hampe. Cette dernière peut se prolonger aussi, au talon, par une "dague".

L'épée courte :

"mais chacun avait aussi au côté une courte et large épée", peut être semblable au gladius ou glaive (cf. fig. 8) de l'infanterie romaine, d'une longueur moyenne de 40 cm.

Voilà, je crois que cela permet de visualiser quelque peu l'armement de l'armée de Daïn à la bataille des Cinq Armées vers la fin du Troisième Age.

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Bibliographie

-CONTAMINE Ph., La Guerre au Moyen Age, PUF, Paris, 5e éd. 1999.
-GAIER Cl., "L'évolution et l'usage de l'armement défensif personnel au pays de Liège du XIIe au XIVe siècle", Armes et combats dans l'univers médiéval, De Boeck Université, Bruxelles, 1995, p. 125-149.
-GAIER Cl., "Technique des combats singuliers d'après les auteurs "bourguignons" du XVe siècle", Le Moyen Age, t. XCII, 1986, p. 5-40.
-HACQUARD G. et alii, Guide romain antique, Hachette, Paris, 1952.
-REY A. (ss dir.), Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 3 vol., Paris, 2000 (1re éd. 1992).
-TOLKIEN J. R. R. (tr. fr. F. Ledoux), Le Hobbit, "Le Livre de Poche", Hachette, Paris, 1989.


Sitographie

Pour le haubergeon : http://www.reliks.com/merchant.ihtml?pid=846&step=4
Pour le gambison : http://www.cottesdemailles.com/
Pour la chausse de mailles : http://bataille.bouvines.free.fr/
Pour la rondache, le casque et la hache d'armes : http://www.armouronline.com/home
Pour la pioche-hache : http://www.leroymerlin.fr/
Pour le glaive : http://www.armae.com/