Retour à l'Auberge


< Laura Martin-Gomez >

> Chapitres 1 et 2

CHAPITRE III

Dans l'après-midi, après leur retour au village, Laïma rendit visite au père de Ceïmo, le chef du village. Il l'accueillit avec joie et ne parut pas surpris par l'annonce de Laïma. Il s'y attendait. Après avoir fait ses adieux et féliciter Lalaith, la sœur de Ceïmo, elle reçut elle-même des bénédictions avant de quitter la maison dans l'arbre. Le soir, elle quitta à nouveau Opelavas pour passer quelques heures avec Vanyacco, l'étalon qu'elle montait. Elle resta avec lui jusqu'à ce que la lune éclaire la nuit bien au-dessus d'eux. . Alors elle rentra et prépara ses affaires. Puis, enfin, elle se coucha et étrangement son cœur se serrait à l'idée de quitter le village des elfes.
Le lendemain matin, elle se réveilla avant l'aube et descendit l'escalier de lianes, une main accrochée et l'autre tenant son sac fait de tissus. Elle arriva au sol et siffla doucement sa monture. Bientôt Vanyacco arriva, la crinière lâchée et les naseaux fumants. S'accrochant à ses poils libres, elle grimpa sur son dos et lui murmura quelques mots. Il tourna bride et se dirigea vers un chemin tourné à l'ouest, lorsque soudain sortit de l'obscurité des arbres, Ceïmo sur sa monture.
"- Alors aujourd'hui est le grand jour, c'est cela ?
- Oui," répondit-elle la gorge nouée.
Elle tapota de sa main gauche le cou fin mais puissant de Vanyacco qui partit d'un trot allègre sur le chemin.
Ils trottèrent ainsi silencieusement, plongés chacun dans leurs pensées; le soleil se levait.
Finalement, ils s'arrêtèrent près de Vercasirë, le ruisseau qui alimentait le village et qui se jetait dans l'Anduin, il s'assirent simplement pour se reposer.
Lorsque les chevaux eurent bu, ils reprirent le chemin. Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que les deux voyageurs atteignirent enfin l'orée de la forêt.
Alors Laïma rompit le silence et demanda:
"- Il y a combien de jours de cheval, d'ici jusqu'aux Montagnes?"
Elle désignait la chaîne montagneuse qui se perdait dans les brumes de l'horizon.
- Quatre jours si ma mémoire est bonne."
Sans échanger un mot , ils établirent un camp pour la nuit en allumant un feu. Ils n'avaient emporté que peu de bagages et pour la nuit, ils n'avaient qu'un simple couverture. Ils se couchèrent vite à-côté du brasier, après avoir grignoter un peu de pain et de fruits séchés. Bientôt la respiration régulière de Laïma se fit entendre tandis que le regard de Ceïmo devenait fixe perdu dans les Terres Lointaines.
Mais le lendemain matin arriva vite et ils reprirent la route, Ceïmo la connaissait, car il l'avait déjà empruntée quelques années auparavant, lorsqu'il ramenait Laïma.
Ils traversèrent la plaine, passèrent des ruisseaux.. Peu à peu, les montagnes se faisaient proches et le quatrième jour au soir, ils établirent leur camp à l'orée de la forêt située sur les versants.

 


CHAPITRE IV

Le lendemain, les deux compagnons se mirent en marche plus tard, le soleil était déjà haut dans le ciel.
" - Ceïmo, saurais-tu retourner au bois où tu m'as trouvé. Je ne me souviens plus de cet endroit. Je sais que lorsque je le verrai je saurais que c'est cet endroit-là et aucun autre mais il faut que je le vois pour le reconnaître. Tu comprends ce que je veux dire, n'est-ce pas ?
- Oui, bien sûr, mais je ne me souviens pas beaucoup moi non plus. J'étais passé près d'un gros village avant d'arriver au bois où je t'ai trouvé. Le mieux est de chercher ce village.
Le visage de Laïma se rembrunit.
- Peut-être n'existe-t-il plus ce village.
- Ne dis pas de sottises, la gronda Ceïmo, allons ! Rentrons dans la forêt.

Les chevaux se mirent en route, leurs cavaliers sur le dos. La forêt était silencieuse, beaucoup trop. Il n'y avait pas de bruits d'ailes ou de pattes, pas de chant d'oiseau.
- Les animaux sont partis, chuchota Laïma, inquiète.
- Non, répondit Ceïmo, dont le regard scrutait les branches, ils se cachent.
- Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas. "
Ils se turent alors et ils ne dirent plus rien durant les longues heures qui suivirent. Les chevaux montaient à leur guise longeant un chemin à moitié disparu dans les broussailles.
Lorsque le soleil eu atteint son zénith, les voyageurs sortirent du bois pour atteindre une sorte de clairière, légèrement pentue. Sur le côté, un rocher sortait de terre en forme de pic.
Vanyacco qui avait pris la tête, s'agita et secoua sa crinière. Aussitôt Laïma redoubla d'attention et chercha du regard ce qui avait provoqué cette réaction sur le cheval.
De son côté, Ceïmo conduisit sa monture vers le bord du bois, cherchant une suite au chemin qui les avait menés jusque là.
Le regard fixé sur la pénombre des arbres, Laïma parcourut tout le long de la clairière. Mais rien n'indiquait la réaction du cheval. A nouveau celui-ci redressa la tête, mais cette fois Laïma remarqua qu'il ouvrait grand les naseaux. Alors, elle regarda vers le ciel et vit ce qu'elle cherchait : une mince colonne de fumée s'échappait du bois, quelques centaines de mètres plus haut.
Un instant, Laïma se demanda comment cela se faisait que Ceïmo n'avait pas repéré cette étrangeté et puis elle se dit qu'il l'avait sûrement vu. Mais il ne l'avait pas dit.
" - Ceïmo !! Par ici, appela-t-elle. Elle passerait sous silence cette étrange chose.
Ceïmo la rejoignit au trot et tous deux s'enfoncèrent à nouveau dans le bois en direction de la fumée.

Alors qu'ils étaient proches de ce qui devait être le foyer de la fumée aperçue, Laïma se rendit compte qu'elle ne savait même pas si le feu était ennemi ou pas. Alors elle hésita un instant, puis une obstination lui vint : si c'était des Orcs ou des Gobelins des montagnes et bien tant mieux !! Elle leur ferait enfin payer ce qu'ils avaient fait.
Les arbres se firent alors plus rares, et les deux compagnons aperçurent alors une sorte de plateau où l'herbe ne poussait pas, quelques centaines de mètres plus loin, la forêt reprenait ses droits. Mais ce n'est pas ce que Laïma regardait. Son regard s'était arrêté bien avant sur les murs fragiles et bas d'une maison.
Une maison !!!! C'était d'elle que sortait la fumée. Elle avait un toit de chaume et derrière elle, on apercevait encore d'autres maisons, plus ou moins grandes. Un village. Un village d'humains…
Laïma sentit son cœur battre à tout rompre : elle allait revoir des hommes. Après tant d'années.. Il lui semblait que son enfance heureuse parmi sa famille n'était qu'un rêve brumeux

> Chapitres 5 et 6