Retour à l'Auberge


< Laura Martin-Gomez >

CHAPITRE I


Fumées. Odeurs. Bruits. Cris. Cachée à l'intérieur d'un buisson, terrorisée, l'enfant serra les lèvres et se mordit la langue pour ne pas hurler, ces yeux voulaient se fermer mais elle n'y arrivait pas. Une image. Sa mère, ses sœurs hurlants et son père à terre. Et puis la forêt qui défilait et des grognements des visages affreux.. Des hommes et des femmes criant… Et puis le même cri. Strident. Unique. Terrible.

Laïma se redressa en sursaut. Des larmes collaient sur son visage et son corps était en sueur. Alors elle se laissa retomber sur le matelas et respira fort pour se calmer. Une voix douce et lointaine à l'extérieur de la maison demanda :
" Encore ce même cauchemar, n'est-ce pas ?
- Oui, murmura la jeune fille, elle renifla. Toujours pareil. C'est affreux Ceímo ! Est-ce que ce cri ne m'abandonnera jamais ?
- C'est le cri de ta chair Laïma, répondit Ceímo toujours de l'extérieur.
La jeune fille se redressa sur le lit, puis sortit. Lentement elle leva son visage vers Ceïmo et murmura :
- Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu m'avais emmener ici.
Celui-ci réfléchit un instant. Son regard perçant d'elfe scruta un instant le ciel à travers les arbres de la forêt.
- Parce que j'ai su en croisant ton regard, que les Valar avaient voulu que l'on se croisent… Et puis si un choix aussi dur était tombé sur moi si jeune c'était parce que ma jeunesse avait avoir avec mon choix.
Laïma se tut car comme souvent elle n'avait pas compris ce que son compagnon avait voulu dire. Son regard se porta vers les autres cabanes du village elfe. Tu n'as pas eu peur qu'ils ne soient pas d'accord ?
- Non, il secoua la tête.
- Bien, dit simplement à nouveau la fille… Je vais essayer de dormir à nouveau…Demain tu veux bien qu'on aille au lac ?
Dans l'obscurité, Laïma le vit sourire :
- Non, bien sûr.. Tu seras toujours aussi avide de savoir n'est-ce pas ?
- -Oui, je crois..
Puis, tout simplement elle rentra et le silence revint doucement dans la forêt.

 

CHAPITRE II

Doucement, comme s'il était timide, le soleil apparut au sommet de la montagne lointaine. Laïma pensa un instant à celle qui était là-haut, puis reporta son attention à la cité qui s'éveillait.
Déjà, on entendait des hennissements de chevaux et les sentinelles changeaient de tour.
" - Laïma, tu viens ? , la voix venait d'en bas, c'était Ceïmo.
- J'arrive ! ", répondit simplement la jeune fille.
Elle rentra rapidement, attrapa son arc, son carquois et agrafa sa cape, puis descendit rapidement et agilement les marches en lianes tressées.
Ceïmo l'attendait au pied de l'arbre. Il était souriant, heureux et Laïma en fut toute réconfortée.
" - Tu dois avoir une bonne nouvelle pour sourire ainsi. Ce n'est pas souvent que tu t'exprimes. Je croyais même que je ne verrais jamais un elfe heureux et le montrant !
- C'est vrai, mais je suis jeune et mon père m'a toujours dit que j'étais trop démonstratif, et encore plus depuis que tu es ici !, il fit la grimace et rajouta avec un sourire plus timide : Mais ma sœur va se marier bientôt. Je suis tellement content pour elle !
- C'est bien ça ! Je suis heureuse de l'apprendre… Ca vaut bien une journée au lac ça !
Ceïmo rit :
- Tu arrives toujours à avoir ce que tu veux toi. Allez, on y va avant que le soleil chauffe de trop ou que mon père me trouve quelque chose à faire.
Il leur fallut une demi-heure pour atteindre leur coin de paradis, ou Valinquendi; alors ils arrêtèrent de bouger un instant et le son se limita alors au bruit du vent dans les arbres et le chant des oiseaux.
Puis, Ceïmo se mit à bondir de rocher en rocher jusqu'en lac en dessous d'eux, à moitié caché, et il fit signe à Laïma de le suivre. Avec hésitations, elle le suivit, doucement, s'accrochant nerveusement aux arbustes.
Et soudain, elle lâcha prise et avec un cri brutal, voltigea dans l'air et disparut dans l'eau.
Ceïmo ne réagit pas immédiatement, puis ses yeux s'ouvrirent en grand comme pour percer la surface de l'eau et finalement il sourit... Il s'éloigna de la roche qui leur servait d'escalier et s'approcha de la berge du lac. Bientôt Laïma apparut, les cheveux dégoulinants et ses vêtements collant à la peau.
" - Encore prête à me faire des frayeurs, c'est ça ?
Comme s'il n'avait rien dit, Laïma, qui semblait réfléchir, redressa soudain sa tête et lança:
- Dis-moi ! Si je partais demain. Tu viendrais avec moi ?
- Tu veux mener à bien ton projet ? Quitter Opelavas pour partir à la recherche de ta famille ?
- Oui.
- Je viens avec toi. Je serais trop préoccupé en train de me demander si tu vas bien, si jamais je resterais.
- Tu n'as pas à lier ton destin au mien... Ta vie se passe ici. Pas la mienne. Tu le sais. Le jour où tu m'as trouvée.. pourquoi m'as tu amenée ici?
- Je ne sais pas. Tes yeux... Il y avait tellement de détresse à l'intérieur...
- Je n'ai gardé qu'une image floue...
- Je viendrais avec toi... J'ai besoin de bouger...De découvrir le monde.
- D'accord. Je suis soulagée que tu viennes. J'avoue que j'aurai eu un peu de crainte..Même avec Vanyacco. Mais..Et le mariage de ta soeur ?
- C'est dans longtemps. Tu sais bien que nous prévoyons longtemps à l'avance, du moins, tu auras le temps de vieillir encore d'ici là.
Laïma sourit, puis elle se dirigea vers la paroi.
- Je vais prévenir Vanyacco et préparer mes affaires. Ensuite j'irai chez ton père. Je dois le remercier pour tout ce qu'il a fait pour moi.
- Alors.. Dépêche toi de te sécher, dit-il. Je t'accompagnerais chez mon père. Je dois aussi lui parler."
Laïma hocha la tête et grimpa agilement jusqu'en haut de la paroi et disparut rapidement derrière les arbres. Bientôt, elle réapparut, dans des habits secs, et fit signe à son compagnon. Celui-ci grimpa à son tour et rejoignit la jeune fille qui était accompagnée de leurs deux montures.
La terrible décision était prise. Laïma partirait à la recherche de sa famille, enfin.

> Chapitres 3 et 4